Université de Goma, Campus du Lac
La décision du gouvernement de suspendre les activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur à Goma et à Bukavu soulève une sérieuse question de responsabilité politique : pourquoi les étudiants devraient-ils subir les conséquences d’un conflit auquel ils ne sont ni parties ni acteurs ?
Les étudiants de Goma et de Bukavu ne sont pas des combattants. Ils ne sont ni membres du gouvernement, ni représentants de l’AFC/M23, encore moins des négociateurs dans les discussions politiques et diplomatiques en cours. Leur seule préoccupation est de poursuivre leur formation, passer leurs examens, effectuer leurs stages et obtenir leurs diplômes.
Il est donc difficile de comprendre la logique qui consiste à interrompre leur parcours académique pour répondre à une situation essentiellement politique et sécuritaire.
Une décision qui pénalise les mauvaises personnes
Si le gouvernement estime que certaines institutions ou certains actes académiques sont utilisés en dehors du cadre légal de la République, il lui appartient d’identifier précisément les responsabilités et de prendre des mesures ciblées.
La suspension collective des activités universitaires revient à faire payer à des milliers d’étudiants les conséquences d’un différend dont ils ne sont pas responsables.
Un étudiant qui se rend à l’université pour suivre un cours n’est pas un adversaire du gouvernement. Un professeur qui dispense un enseignement n’est pas un acteur militaire. Une institution universitaire qui poursuit normalement sa mission pédagogique ne constitue pas, en elle-même, une partie au conflit.
L’État doit savoir distinguer la gestion d’une crise politique et sécuritaire de sa responsabilité envers la jeunesse.
L’université ne doit pas devenir une victime collatérale
Dans une région déjà lourdement affectée par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés économiques, l’éducation devrait être considérée comme une priorité à protéger.
Suspendre les activités académiques risque de désorganiser les calendriers universitaires, de compromettre les examens et les stages et d’imposer de nouvelles charges financières aux familles. Pour certains étudiants, une interruption prolongée peut également signifier une année académique perdue.
Et pour quel résultat ?
La suspension des cours ne mettra pas fin au conflit entre Kinshasa et la rébellion. Elle ne résoudra pas les désaccords politiques et ne remplacera pas les négociations. Elle risque simplement d’ajouter une nouvelle catégorie de victimes : les étudiants.
Le gouvernement doit assumer ses responsabilités
L’autorité de l’État ne devrait pas se traduire par des mesures qui frappent indistinctement une population estudiantine déjà éprouvée.
Si des questions juridiques ou institutionnelles se posent, le gouvernement doit apporter des réponses juridiquement précises, proportionnées et ciblées. La responsabilité individuelle ne peut être remplacée par une sanction collective.
Il faut également éviter de donner aux jeunes le sentiment que leur avenir peut être suspendu au gré des affrontements politiques.
Les étudiants ne sont pas responsables de la guerre. Ils ne sont pas responsables des négociations. Ils ne sont pas responsables des désaccords entre le gouvernement et les groupes rebelles.
Ils ont simplement droit à l’éducation.
Une décision qui mérite d’être reconsidérée
Le gouvernement devrait donc reconsidérer cette mesure et privilégier le dialogue avec les responsables des établissements, les enseignants et les représentants des étudiants afin de trouver des solutions permettant d’assurer la continuité de l’enseignement dans des conditions adaptées au contexte sécuritaire.
La République démocratique du Congo ne peut pas prétendre préparer son avenir tout en interrompant la formation de sa jeunesse.
Le conflit doit être réglé par ceux qui y prennent part. Les étudiants, eux, doivent être laissés en dehors de cette confrontation et autorisés à poursuivre leurs études.
Mambasanews.cd
