Un malade d'Ebola, Image d'illustration
La République démocratique du Congo est confrontée à une nouvelle flambée d’Ebola particulièrement préoccupante. Les autorités sanitaires ont déjà enregistré 513 cas suspects et plus de 130 décès dans l’est du pays, poussant l’Organisation mondiale de la santé à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale. Cette nouvelle souche du virus, détectée après plusieurs semaines de circulation silencieuse, a également franchi la frontière ougandaise, faisant craindre une propagation régionale rapide.
La crise sanitaire se développe dans un contexte déjà fragile marqué par les conflits armés, les déplacements de populations et le manque d’infrastructures médicales. Les chercheurs congolais indiquent que cette souche inédite, venue de « la forêt », n’est couverte par aucun vaccin ni traitement existant. Face à l’urgence, l’Africa CDC estime les besoins financiers à 30 millions de dollars pour soutenir la riposte, tandis que les États-Unis ont annoncé une aide d’urgence de 13 millions de dollars ainsi que des restrictions d’entrée visant plusieurs pays de la région.
Situation du 15 mai
Dans la province de Ituri, une flambée de Maladie à virus Ebola a circulé de manière silencieuse pendant environ six semaines avant d’être formellement identifiée, selon les données sanitaires consolidées au 15 mai 2026. L’évolution de la situation met en évidence une transmission communautaire déjà avancée au moment de la confirmation officielle.
Les premières alertes ont émergé à Mongbwalu à travers une augmentation inhabituelle de décès enregistrés dans les structures de santé et dans la communauté. Entre le 1er avril et le 13 mai, 55 décès ont été recensés à l’Hôpital Général de Référence de Mongbwalu. Sur la même période, le taux de létalité du service de médecine interne est passé de 9 % en avril à 31 % en mai, traduisant une aggravation rapide de la sévérité des cas admis.
Parallèlement, les investigations communautaires menées dans cinq zones de santé ont identifié 45 décès supplémentaires hors structures hospitalières, dont 26 dans la zone de CECA 20 et 19 à Mongbwalu. Une même famille a été particulièrement touchée avec 15 décès enregistrés en deux semaines, dont plusieurs cas ayant évolué après un déplacement vers Bunia.
Au total, les autorités sanitaires font état de 246 cas suspects et 65 décès au 15 mai 2026. Les analyses réalisées par l’Institut National de Recherche Biomédicale ont confirmé 13 cas positifs sur 20 échantillons testés, soit un taux de positivité de 65 %. Quatre décès ont été confirmés biologiquement comme liés à l’infection.
Les premières analyses de laboratoire avaient initialement exclu plusieurs pathologies à potentiel épidémique, notamment Ebola Zaïre, le choléra, le mpox, la dengue, le paludisme et le Covid-19, retardant ainsi l’identification du foyer. Les résultats ultérieurs ont cependant confirmé la présence d’un ebolavirus, possiblement différent de la souche Zaïre habituellement observée en République démocratique du Congo.
Les cas sévères présentent un tableau clinique dominé par la fièvre, les céphalées, les vomissements et une asthénie importante, avec dans certains cas des manifestations hémorragiques, des troubles neurologiques et une évolution rapide vers le décès. Quatre professionnels de santé figurent parmi les victimes, illustrant l’exposition élevée du personnel soignant dans un contexte de protection insuffisante.
Les évaluations des capacités de prévention et de contrôle des infections révèlent des insuffisances structurelles importantes. L’aire de santé d’Abelkozo affiche un score de 7 %, tandis que l’Hôpital Général de Référence de Mongbwalu atteint 34 %. Les principales limites concernent l’absence d’unités d’isolement adaptées, la faible disponibilité des équipements de protection, l’insuffisance des dispositifs de triage et le manque de personnel formé à la gestion des maladies hautement infectieuses.
La situation est d’autant plus préoccupante que la zone concernée est caractérisée par une forte mobilité de population liée à l’activité minière et à la proximité des axes de déplacement vers les pays voisins, notamment l’Ouganda et le Soudan du Sud. Cette configuration augmente le risque de propagation transfrontalière.
Les autorités sanitaires régionales, appuyées par Jean Kaseya, estiment que la situation nécessite une coordination urgente afin de limiter l’expansion de l’épidémie dans une zone déjà marquée par des flux de population difficiles à contrôler et des contraintes sécuritaires persistantes.

