Par Georgine Kavugho
Alors que l’Ouganda voisin poursuit l’exploitation de ses gisements pétroliers, la question de l’or noir divise et interpelle les communautés riveraines, notamment à Kasenyi. Entre craintes écologiques et perspectives de développement, les experts appellent à un juste équilibre fondé sur la responsabilité environnementale.
Ces préoccupations ont notamment été évoquées lors d’un sondage mené dernièrement par le Cadre de concertation des ressources naturelles, en collaboration avec les médias de la ville de Bunia.
L’exploitation pétrolière est souvent perçue à travers le prisme de ses risques écologiques. Pourtant, elle recèle également d’importantes opportunités économiques. C’est du moins l’avis d’un environnementaliste basé à Bunia, qui s’exprimait face aux vives inquiétudes exprimées par les habitants de Kasenyi concernant les activités pétrolières menées de l’autre côté de la frontière ougandaise.
Le pétrole, un « or noir » aux multiples débouchés
Malgré les menaces potentielles qui pèsent sur l’écosystème aquatique, en particulier la perturbation de la faune piscicole du lac Albert, le pétrole reste une ressource incontournable pour de nombreux secteurs industriels.

« Le pétrole, c’est l’or noir, c’est une grande opportunité… Parce que ce pétrole a beaucoup de sous-produits très recherchés dans les industries automobiles, vestimentaires… Le goudron, c’est du pétrole. Il englobe le quotidien. Il faut voir comment, de notre côté, nous pouvons aussi l’exploiter », soutient Victor Gaston Kakule, expert en environnement.
Ce dernier salue d’ailleurs l’ouverture affichée par les dirigeants quant à une possible valorisation des ressources partagées.
Vers une exploitation conjointe et responsable ?
Cette position fait écho à la visite officielle du Président de la République démocratique du Congo à Kampala, le 11 mai 2026. Lors de ses échanges avec son homologue ougandais, le chef de l’État congolais avait évoqué l’hypothèse d’une exploitation conjointe du pétrole sur le lac Albert.
Une perspective qui, pour être viable, doit impérativement s’accompagner de garde-fous stricts. Pour Victor Gaston Kakule, la clé réside dans la responsabilisation des acteurs industriels et l’application rigoureuse des normes internationales.
Pollueur-payeur : le principe de la compensation écologique
Face aux risques de pollution et de dégradation des écosystèmes, l’expert insiste sur l’obligation de réparer les préjudices environnementaux.
Il préconise notamment :
- Le respect des protocoles internationaux : suivre scrupuleusement les cadres normatifs édictés par les organisations internationales.
- L’application du principe de compensation écologique : veiller à ce que les acteurs responsables de la pollution contribuent à la réparation des dommages causés à l’environnement.
« L’important, c’est de savoir compenser là où on a pollué. Il y a des taxes exigées aux pollueurs qui sont orientées vers la protection de l’environnement », rappelle-t-il.
Protéger les écosystèmes fragiles du lac Albert tout en saisissant les leviers de croissance qu’offre l’industrie pétrolière : tel est le défi majeur qui attend la région dans les années à venir.
