À Mambasa, la question n’est plus seulement sécuritaire, elle est devenue existentielle. Combien de morts faudra-t-il encore pour provoquer une réaction à la hauteur du drame ? Le massacre de Bafwakoa, dont le bilan dépasse déjà plusieurs dizaines de victimes, n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série noire d’attaques meurtrières qui, depuis la mi-mars, plongent le territoire dans une terreur continue.
Les chiffres avancés par la LUCHA font froid dans le dos : plus de cent civils tués, des centaines d’enlèvements, des villages entiers incendiés. À cela s’ajoutent désormais les nouvelles victimes de Bafwakoa, où les ADF ont encore frappé avec une violence insoutenable. Face à cette hécatombe, une question revient avec insistance : où est l’État ?
Instauré pour restaurer l’autorité et mettre fin à l’insécurité dans l’Est du pays, l’état de siège semble aujourd’hui vidé de sa substance à Mambasa. Sur le terrain, la population ne perçoit ni amélioration tangible, ni protection effective. Les axes routiers sont devenus des pièges mortels, les villages des cibles faciles, et les civils, des victimes abandonnées à leur triste sort.
Pendant ce temps, les communiqués se multiplient. La Fondation Juguel exprime son indignation, la société civile appelle à des réunions d’urgence, les leaders de jeunesse lancent des cris d’alarme, les notables interpellent les autorités. Tous dénoncent, tous alertent, tous exigent. Mais sur le terrain, rien ne change vraiment.
Le plus inquiétant aujourd’hui, ce n’est plus seulement la violence des ADF, mais la banalisation de cette violence. Chaque massacre semble chasser le précédent, chaque bilan macabre devient une statistique de plus. Le territoire de Mambasa glisse dangereusement vers un modèle déjà observé ailleurs, notamment à Beni, où les tueries répétées ont fini par s’inscrire dans le quotidien.
Les critiques se font désormais plus ouvertes : stratégie militaire inefficace, commandement inchangé malgré les échecs, coordination insuffisante même dans les opérations conjointes. L’impression générale est celle d’une lutte mal orientée, incapable d’anticiper ni de contenir les attaques. Et pendant ce temps, les populations paient le prix fort.
Face à ce constat, la mobilisation citoyenne apparaît comme un dernier rempart. Réunions communautaires, appels à la vigilance, organisation des forces vives : la société tente de combler le vide laissé par l’État. Mais cette dynamique, aussi courageuse soit-elle, ne peut suffire à elle seule à stopper des groupes armés structurés et violents.
L’heure n’est plus aux constats, encore moins aux discours. Elle est à l’action. L’État congolais est attendu sur des mesures concrètes : réévaluation de la stratégie sécuritaire, renforcement des effectifs, adaptation des opérations aux réalités du terrain, et surtout, une volonté politique claire de mettre fin à ce cycle de violence.
Car à force de laisser les massacres se répéter sans réponse forte, une évidence s’impose : à Mambasa, l’état de siège ne rassure plus, il interroge. Et pour une population meurtrie, cette interrogation devient chaque jour un peu plus insupportable.
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