Thème : le poids des secrets face à une urgence sanitaire.
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Scène 1:
Le Docteur Amisi consulte un registre médical. Son visage est marqué par la fatigue. Bibisha entre, tenant plusieurs dossiers.
DOCTEUR AMISI :
- « Bibisha, les trois nouveaux patients arrivés ce matin depuis la concession de Kasimu présentent exactement les mêmes symptômes : forte fièvre, vomissements foncés et grande faiblesse. Nous sommes probablement face à une même chaîne de transmission. »
BIBISHA :
- « Docteur, le centre d’isolement est déjà plein. Les familles refusent toujours les prélèvements. Et tant que Kasimu continuera à convaincre le village que cette maladie est une malédiction spirituelle, les malades arriveront beaucoup trop tard. »
Le Docteur Amisi se lève lentement et regarde par la fenêtre.
DOCTEUR AMISI :
- « Son influence est en train de mettre toute la communauté en danger… Ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’épidémie semble désormais se rapprocher de la famille du Chef Igwe. »
On frappe discrètement à la porte de service. Samira entre précipitamment, le visage couvert d’un pagne sombre. Elle regarde derrière elle avant de refermer doucement la porte.
BIBISHA (surprise) :
- « Mama Samira ? Pourquoi êtes-vous entrée par derrière ? »
SAMIRA (évitant son regard) :
- « Bibisha… laisse-nous quelques instants. C’est très important. »
Bibisha observe tour à tour Samira et le Docteur Amisi. Son regard devient méfiant. Sans un mot, elle quitte le bureau en refermant sèchement la porte.
Le silence s’installe quelques secondes. Le Docteur Amisi s’approche rapidement de Samira.
DOCTEUR AMISI :
- « Samira ! Tu as perdu la tête ? Si quelqu’un te voit ici, tout le village parlera de nous. »
SAMIRA (la voix tremblante) :
- « Je n’avais pas le choix, Amisi. Baraka est très malade. Depuis cette nuit, il brûle de fièvre et souffre de violents maux de tête. »
Le médecin lui saisit doucement les épaules. Son inquiétude est immédiate.
DOCTEUR AMISI :
- « Est-il entré en contact avec des travailleurs de Kasimu ? Réponds-moi. »
SAMIRA (en larmes) :
- « Je n’en sais rien… Mais si Igwe découvre que je suis venue te voir, il comprendra tout… Donne-moi simplement des médicaments. Je t’en supplie… Ne parle pas d’isolement. »
DOCTEUR AMISI :
- « Écoute-moi attentivement. Ebola n’est ni une affaire de réputation, ni un secret de famille. C’est une maladie grave qui se transmet par contact avec les liquides corporels : le sang, les vomissements, la sueur et d’autres fluides infectés. Si Baraka est contaminé, toute votre concession est exposée. Je ne peux pas cacher un cas suspect. »
SAMIRA (suppliante) :
- « Sauve mon fils… Fais-le pour ce que nous avons vécu ensemble. »
La porte s’ouvre brusquement. Bibisha réapparaît.
BIBISHA :
- « Docteur… Le Commandant Simba est à l’accueil. Il cherche le Chef Igwe et demande pourquoi la voiture de son épouse est stationnée derrière l’hôpital. »
Samira pâlit et resserre nerveusement son pagne.
Scène 2 :
Kasimu est installé dans un large fauteuil. Une liasse de billets à la main, il distribue de l’argent à plusieurs jeunes du village. Ceux-ci l’écoutent avec admiration.
KASIMU :
- « Prenez cet argent et allez dire partout, au marché comme dans les quartiers, que Tokobika n’a pas besoin des histoires racontées par le Docteur Amisi. Cette prétendue maladie n’est qu’une invention destinée à faire peur à la population et à bloquer mes activités commerciales. »
LES JEUNES :
- « Nous irons le dire à tout le monde, patron ! »
Les jeunes quittent la maison en riant. Suzana entre discrètement dans le salon. Son visage est fermé. Elle attend que la porte se referme avant de parler.
SUZANA :
- « Kasimu, tu es en train de jouer avec la vie des habitants. Trois de tes ouvriers sont malades et tu les as envoyés se cacher à Imara au lieu de les conduire au centre de santé. Si la maladie s’y propage, tu en porteras la responsabilité. »
Kasimu se lève lentement et s’approche de son épouse. Son regard devient menaçant.
KASIMU :
- « Fais attention à ce que tu dis. Mes entreprises font vivre des centaines de familles. Si les autorités ferment les routes, je perdrai des millions… et beaucoup perdront leur emploi. »
SUZANA :
- « L’argent ne vaut pas une vie humaine. »
Kasimu sourit froidement.
KASIMU :
- « Depuis quand te préoccupes-tu autant du bien-être des autres ? Tu ferais mieux de t’occuper de ton foyer… D’ailleurs, sais-tu que certaines personnes m’ont parlé de tes longues absences lorsque je suis en déplacement ? »
Suzana pâlit brusquement.
SUZANA :
- « Qu’est-ce que tu insinues ? »
KASIMU :
- « Rien… pour l’instant. Mais rappelle-toi que je finis toujours par découvrir la vérité. Les secrets ne restent jamais enterrés bien longtemps à Tokobika. »
Kasimu quitte la pièce. En refermant la porte, il est pris d’une quinte de toux. Il essuie rapidement sa bouche avec un mouchoir avant de disparaître dans le couloir. Suzana observe la scène, visiblement inquiète.
Scène 3 :
Papy attend sous une paillote isolée. Il regarde nerveusement autour de lui avant de voir Suzana arriver.
PAPY :
- « Tu es enfin là. Personne ne t’a suivie ? »
SUZANA :
- « J’espère que non. Kasimu devient de plus en plus méfiant. Ce matin, il m’a lancé des paroles qui m’ont glacé le sang. Je crois qu’il soupçonne notre relation. »
Papy lui prend doucement la main.
PAPY :
- « Tant qu’il n’a aucune preuve, nous devons rester prudents. »
SUZANA :
- « Tu ne comprends pas. Cet homme est capable de tout. Il peut acheter des témoins, corrompre les autorités ou te faire renvoyer de l’école. »
PAPY :
- « Les élèves ont déjà assez peur de cette épidémie. Ils ont besoin d’un enseignant qui garde son sang-froid. Je ne peux pas céder à la panique. »_
Suzana baisse les yeux.
SUZANA :
- « Et Bibisha ? Ignore-t-elle toujours que tu me retrouves ici ? »
Papy hésite quelques secondes.
PAPY :
- « Bibisha pense que je passe seulement du temps avec sa fille Shukuru pour l’aider dans ses études. Elle ne sait rien… et il vaut mieux que cela reste ainsi. »
Suzana retire lentement sa main.
SUZANA :
- « Tu joues avec le cœur de deux femmes… Pendant que le village lutte contre Ebola, toi aussi tu caches des vérités. Les mensonges finissent toujours par détruire ceux qui les portent. »
Papy reste silencieux, incapable de répondre.
Scène 4:
Samira franchit discrètement le portail de la concession. Elle tente de reprendre son souffle avant d’entrer dans la cour.
Le Chef Igwe est assis sur son fauteuil traditionnel. Il l’observe sans dire un mot. Son regard est sévère.
IGWE :
- « D’où viens-tu, Samira ? Le village traverse une crise sanitaire et tu disparais pendant des heures sans prévenir. »
SAMIRA (cherchant ses mots) :
- « Je… je suis allée consulter une vieille guérisseuse pour Baraka. Elle connaît des plantes contre la fièvre. »
IGWE :
- « Baraka est malade ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? »
SAMIRA :
- « Ce n’est qu’une petite fièvre. Rien d’inquiétant. Il se repose dans sa chambre. »
À cet instant, un cri faible retentit depuis l’intérieur de la maison.
BARAKA :
- « Maman… Papa… j’ai mal… J’ai très chaud… »
Igwe se lève brusquement.
IGWE :
- « Allons le voir immédiatement. »
Ils courent vers la chambre de leur fils.
Scène 5 :
Igwe ouvre la porte. Baraka est allongé sur son lit, le visage couvert de sueur. Sa respiration est rapide. Au pied du lit, une bassine contient des vomissements. Une petite trace de sang est visible sur un linge.
IGWE (reculant sous le choc) :
- « Du sang… Qu’est-ce que cela signifie ? »
Samira se précipite instinctivement vers son fils.
SAMIRA :
- « Baraka ! Mon enfant ! »
Elle s’arrête brusquement, se souvenant des paroles du Docteur Amisi. Elle hésite à le toucher, les mains tremblantes.
IGWE :
- « Tu m’as menti ! Tu savais que son état était grave ! »
SAMIRA (en larmes) :
- « Je voulais seulement protéger notre famille… »
IGWE :
- « Tu es allée voir le Docteur Amisi, n’est-ce pas ? Pourquoi en secret ? Que me caches-tu encore ? »
Avant qu’elle ne puisse répondre, de violents coups résonnent contre le portail de la concession. Des sifflets retentissent.
COMMANDANT SIMBA (à l’extérieur) :
- « Chef Igwe ! Ouvrez immédiatement ! Le comité sanitaire a reçu un signalement d’un cas suspect dans votre concession. À partir de maintenant, personne ne sort et personne n’entre sans autorisation médicale ! »
Le silence tombe brusquement dans la maison. Samira s’effondre en pleurs près du lit. Igwe reste figé entre la peur pour son fils, la colère contre son épouse et l’angoisse face à la maladie.
À l’extérieur, les habitants commencent à murmurer. La nouvelle se répand déjà dans tout Tokobika.
« Les secrets de Samira sont sur le point d’être révélés. Le Chef Igwe découvrira-t-il toute la vérité ? Kasimu cache-t-il lui aussi quelque chose derrière sa mystérieuse toux ? Pendant que les mensonges divisent les familles, Ebola continue de se propager silencieusement. La vérité sauvera-t-elle Tokobika… ou arrivera-t-elle trop tard ? Rendez-vous dans l’épisode 4 de « Kesho ni siku mpya ». »
📚 NOTE PEDAGOGIQUE :
- « Le virus Ebola se transmet par contact direct avec le sang, les vomissements, la sueur et d’autres liquides corporels d’une personne malade. Cacher un malade, éviter le centre de santé ou refuser les mesures de prise en charge augmente le risque de contamination de toute la famille et de la communauté. En cas de symptômes, il faut alerter rapidement les professionnels de santé et éviter tout contact direct sans protection. »

