Au lendemain de l’annulation massive des suffrages de 82 candidats aux élections législatives, provinciales et municipales pour fraude, vandalisme et détention illégale de dispositifs électroniques de vote (DEV), une question cruciale agite la scène politique congolaise : ces irrégularités entachent-elles la validité de l’élection présidentielle, tenue simultanément le 20 décembre 2023 ?
Patrick Civava, acteur politique et analyste, apporte un éclairage juridique et technique sur cette problématique qui divise l’opinion. Selon lui, il est essentiel de dissocier les scrutins tout en reconnaissant les zones d’ombre que ces fraudes projettent sur l’ensemble du processus électoral dirigé par la CENI.
Pour Patrick Civava, si la fraude est localisée et spécifique à certains candidats députés, elle n’entraîne pas automatiquement l’annulation de la présidentielle. Il explique que la compilation des résultats pour le sommet de l’État suit un circuit différent.
Toutefois, il souligne que la détention de machines à voter par des particuliers pose un problème de crédibilité globale. Si des candidats ont pu manipuler des DEV pour leur propre compte, l’opinion est en droit de s’interroger sur l’intégrité des données globales transmises au centre de compilation.
L’analyste précise néanmoins que, d’un point de vue légal, la Cour Constitutionnelle a déjà proclamé les résultats provisoires confirmant la victoire de Félix Tshisekedi. Pour que la fraude aux législatives affecte la présidentielle, il faudrait apporter la preuve que ces manœuvres ont eu un impact déterminant sur le volume total des voix attribuées au candidat président, ce qui s’avère complexe sur le plan juridique.
En conclusion, Patrick Civava estime que la CENI a agi pour « sauver » ce qui pouvait l’être en sanctionnant les fraudeurs aux législatives, mais que le défi reste de restaurer la confiance de la population envers les institutions issues de ces urnes. La question de la sincérité du vote demeure au cœur du débat, alors que le pays s’apprête à entamer un nouveau cycle politique.
Ismaël Masiya Akilimali
